Lina Jabbour/Karine Rougier

Un petit village du Vaucluse accueille les dessins de deux jeunes artistes aux univers opposés.

Le dessin n'en finit plus de se réinventer. Si on l'a vu ces derniers temps s'émanciper du côté de la vidéo ou de la sculpture, il se révèle en belle forme sous les traits de deux jeunes artistes actuellement présentées à Malaucène, petit village du Vaucluse qui ne compte pas moins de deux galeries d'art contemporain et une école
- comme on a pu parler d'école de Barbizon ou de Pont-Aven- simplement baptisé "école de Malaucène" à qui l'on doit, entre autres, d'étranges hommages à Sade, qui séjourna un temps dans la région.

La galerie Martagon est de celles-là justement, qui reçoit jusqu'au 13 mai Lina Jabbour et Karine Rougier, deux jeunes artistes venues respectivement de Beyrouth et de Malte et qui travaillent en ce moment à Marseille.
Et c'est peu de dire que leurs univers ne se recoupent pas : autant l'une est lumineuse, sublimant le réel le plus banal à grands renforts de détails et de couleurs, autant l'autre est sombre, plongée dans des zones de proliférations fantastiques et mystiques de non-retour.

Pour Lina Jabbour, le dessin s'appuie d'abord sur un travail d'"échantillonnage d'éléments tirés de la réalité sur lesquels j'opère un changement d'échelle, de matière ou de positionnement dans l'espace".
Sous couvert de compositions a priori abstraites (il s'agit le plus souvent de détails et de gros plans de minéraux, de végétaux ou d'architectures), elle interroge l'absurdité d'un monde qui va trop vite, où le dialogue entre nature et sculpture tendrait à s'effriter au profit du chaos.
On retrouve dans ses dessins, simplement réalisés au crayon de couleur sur papier, quelque chose de cette incongruité qui nous ronge, lorsqu'elle met en tension des "corps étrangers" relevant tantôt de l'intime et de l'urbain, tantôt de l'organique et du statique.
Ses paysages fictionnels sont d'habiles combinaisons de paysages ou d'objets croisés et répertoriés au cours de ses voyages.

Du côté de Karine Rougier, il s'agit au contraire de puiser directement dans la fiction et le mythe qu'elle contribue encore à déformer et à transgresser.
Ses compositions cannibales, déclinées sur des formats variables, dissèquent le corps et ses excès et prennent des allures de suaves suaires.
Les membres s'enchevêtrent et disparaissent pour se fondre avec une précision confondante dans une série de collages, montages et autres fragmentations en deux dimensions.
Et puisque l'on parlait de Sade, il ne serait pas injuste de dire qu'il y a quelque chose de sadique dans ces dessins-là, entre raffinement et cruauté.

Claire Moulène dans Les inrockuptibles n°597 - 2006
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